Les robots sont-ils en train de remplacer les journalistes ?

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Les robots-rédacteurs sont en passe de se démocratiser dans les rédactions du monde entier et tendent à révolutionner de notre approche du contenu éditorial. Opportunité pour les rédacteurs ou menace pour l’intégrité de la profession ? 

Fin 2014, le « LA Times » créait l’événement en publiant un article sur un tremblement de terre entièrement réalisé par un robot-rédacteur. Ce quotidien n’est loin d’être le seul, et le procédé tend à s’imposer dès qu’il s’agit de fournir rapidement et à moindre coût des quantités significatives de textes standardisés. Automated Insights, l’un des deux leaders du marché américain, annonce sur son site la production d’un milliard de textes pour la seule année 2014. Soit plus de 2.000 textes à la seconde !

Automatisation croissante des professions rédactionnelles

Mais si l’utilisation de la génération automatique de texte (GAT) n’est pas nouvelle (FoG, un générateur de prévisions météorologiques, est né au début des années 1990.), notamment pour les entreprises et sites marchands, les applications liées à la presse écrite et au domaine éditorial au sens large suscitent bien des questions.

À l’heure d’un web content toujours plus diversifié et gourmand en ressources, le robot rédacteur s’impose comme un outil incontournable, mais n’en demeure pas moins inquiétant. Et c’est sans doute là le propre de toute technologie visant à l’automatisation d’une tâche jusqu’ici exclusivement humaine. A fortiori pour un acte aussi fondamentalement lié à notre subjectivité et à notre créativité que peut l’être l’écriture.

Quand, dans les années 60, General Motors commençait à remplacer ses ouvriers par des robots et des automates sur ses chaînes de production, on s’inquiétait déjà de cette déshumanisation. Mais était-il si grave de confier à une machine la tâche répétitive, usante et fastidieuse de serrer des boulons ? Sans doute pas tant que ça car, quelques décennies plus tard, rares sont ceux qui se posent encore cette question.

Les enjeux de la GAT : accroissement des rendements, SEO, enrichissement des contenus éditoriaux

Seulement, cette comparaison demeure-t-elle pertinente pour la production textuelle ? Le robot peut-il vraiment remplacer le journaliste, le concepteur-rédacteur et tous les autres créateurs de contenu écrit ? Avec des méthodes de rédaction appuyées sur des algorithmes de recherche, des IA spécialisées et une documentation tributaire de la qualité des bases de données utilisées, on pourrait légitimement en conclure que non.

Et pourtant, les GAT se révèlent tellement paramétrables (angle d’attaque, ton, style d’écriture et même humour), qu’une étude menée par le groupe Taylor&Francis démontre que la plupart des lecteurs se trouvent dans l’impossibilité de différencier un texte automatiquement généré d’une rédaction humaine. 

Heureusement pour les rédacteurs et autres pigistes qui se voyaient déjà remplacés au profit d’un outil 2.0 bien plus rentable, il est deux choses que les GAT ne peuvent décemment pas simuler : l’esprit critique et la mise en perspective. Les robots rédacteurs s’appuient sur des chiffres et des modèles de données pour exposer des éléments factuels (résultats annuels d’entreprises, rencontres sportives…), mais se révèlent incapables de prendre position et d’émettre une opinion. Ce en quoi le rédacteur traditionnel conserve toute sa plus-value, ne serait-ce que par sa capacité à replacer l’information dans un cadre plus général.

Vers une modernisation de la profession ?

Dans un contexte économique où les entreprises et les médias n’ont parfois que peu de ressources humaines à consacrer à un contenu éditorial de moindre valeur ajoutée, serait-ce un tel sacrilège de déléguer aux GAT tous ces travaux de rédaction à la chaîne, petites annonces et autres listing, où le plus important demeure le SEO ? Plutôt que de menacer les content-manager de disparition, les robots-rédacteurs ne seraient-ils pas plutôt une opportunité d’évolution à saisir pour nos métiers ?

Un robot n’a finalement d’autre but que de produire ce pour quoi on l’a programmé. Et ce qui compte, bien plus que son existence, c’est la manière dont s’en servent ses utilisateurs. S’il est de notre responsabilité de préserver le caractère unique de la création éditoriale, il en va aussi de notre devoir de connaître les possibilités et les limites des outils à notre disposition. 

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Julie Guivarc'h

Content Manager